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provenance des pays en développement sont décourageantes. On a suscité des convoitises. Les
succès de l’aide au développement tant vantée ne restent-ils pas maigres ? »
Ce n’est toutefois qu’à partir des années 1980 que l’aide au développement s’est trouvée pour la
première fois réellement sous le feu de la critique, lorsque d’anciens et actifs coopérants au
développement firent part de leurs désillusions devant le manque de succès. Ainsi, en 1985,
Brigitte Erler, rapporteuse au Ministère fédéral allemand pour la coopération économique,
provoqua une vague d’indignations avec son livre L’Aide qui tue (Editions d’en bas, 1987). Il en
alla de même avec Les Nababs de la pauvreté (1989 en anglais, 1991 chez Robert Laffont) du
sociologue, journaliste et spécialiste écossais de l’Afrique Graham Hancock, ainsi qu’avec Et si
l’Afrique refusait le développement ? (L’Harmattan, 1991), où l’économiste et experte du
développement camerounaise Axelle Kabou stigmatise les élites africaines.
Qu’y-a-t-il donc de vraiment nouveau dans la critique actuelle de la coopération au
développement ? Il y a d’abord le fait que cette critique émane principalement d’économistes
(néolibéraux) qui se demandent si l’aide au développement suscite la croissance économique. Un
débat lancé par le rapport de la Banque mondiale Assessing Aid (1998). Contrairement aux
critiques qui ne reconnaissent aucune efficacité à aide, ce rapport conclut que l’aide a un effet
quand elle est octroyée à des Etats qui bénéficient d’un contexte institutionnel et économique
favorable. Ensuite, autre élément de nouveauté, la critique se concentre avant tout sur la
coopération avec l’Afrique.
C’est précisément le thème de la conférence d’aujourd’hui organisée par Alliance Sud et à
laquelle je vous souhaite une très cordiale bienvenue dans ma fonction de président. Je salue
également Madame la Conseillère fédérale, Micheline Calmy-Rey, notre Ministre des affaires
extérieures. Cela nous réjouit infiniment que vous puissiez, Madame la Conseillère fédérale, nous
adresser quelques mots à l’occasion des 35 ans d’Alliance Sud.
« L’Afrique souffre-t-elle de trop d’aide ? » Tel est le titre de notre conférence d’aujourd’hui. Je ne
vais pas anticiper sur ce que diront les intervenantes et intervenants qui prendront position sur
cette question durant la matinée. Permettez-moi cependant quelques remarques sur le débat
actuel sur l’aide au développement. Je suis, pour le dire ouvertement, assez bouleversé par le
niveau, inquiétant, de ce débat. Je ne peux comprendre qu’un professeur économique aussi
renommé que Bruno S. Frey, dans une interview avec la « Neue Luzerner Zeitung », identifie
l’aide au développement « à donner de l’argent ou de la nourriture ». De même, je ne peux suivre
l’économiste du développement américain William Easterly qui, dans le magazine « Bilanz »,
conclut d’une manière simpliste que le Nord a transféré 2'300 milliards de dollars en Afrique ces
50 dernières années, sans que les conditions de vie des populations ne se soient améliorées.
« Bilanz » a manifestement mal rapporté les propos d’Easterly : les 2'300 milliards sont exagérées
en comparaison des 300 à 400 milliards de dollars d’aide que l’Afrique a réellement reçue.
« L’Afrique n’existe pas ». Tel est le titre pertinent d’un livre écrit en 1994 par Georg Brunold,
correspondant de la NZZ en Afrique pendant de longues années. L’Afrique est un continent avec
un territoire énorme – dix fois la superficie de l’Europe – avec une population de 700, voire 800
millions d’habitants, 53 Etats, des milliers de grands peuples et de petites ethnies avec leurs
cultures et leurs religions, ainsi que 2000 langues et dialectes. Pourtant, de nombreuses