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VAGUE D'ARRESTATIONS AU TCHAD

Vague d'arrestations au Tchad parmi les complices présumés des rebelles

 

© AFP
Un soldat proche du président Idriss Deby monte la garde à N'Djamena le 15 avril 2006
© AFP/Archives Martin Van Der belen
N'DJAMENA (AFP) -
jeudi 20 avril 2006 - 14h12 - Quand des policiers ont fait irruption mardi dans une boutique de N'Djamena pour embarquer les quatre membres d'une même famille, tous les voisins l'ont compris: les autorités tchadiennes ont commencé à arrêter les personnes soupçonnées de complicité avec la rébellion.

"Les policiers ont appelé leurs noms, un à un. Les quatre frères n'ont pas opposé de résistance, et les policiers les ont emmenés", raconte l'un de leurs cousins, qui a assisté à la scène. "On ne sait même pas où ils sont maintenant", ajoute-t-il.

Les forces de l'ordre n'ont pas justifié ces arrestations, mais selon lui, la raison fait peu de doutes. Après l'attaque avortée du Front uni pour le changement (Fuc) contre la capitale tchadienne le 13 avril, un frère des quatre personnes interpellées a été présenté à la télévision nationale comme l'un des rebelles capturés par l'armée.

"La police pense probablement qu'ils sont complices des rebelles. Mais eux-mêmes ont découvert à la télévision que leur frère avait rejoint le Fuc", assure le cousin.

Ce jeune commerçant a accepté de livrer son récit à condition de ne pas être nommé, de pas mentionner l'endroit où ces arrestations ont eu lieu, et de rencontrer le journaliste loin de son propre quartier.

Son témoignage n'est pourtant pas isolé.

"Depuis l'attaque, des hommes en tenue donnent la chasse aux rebelles cachés, mais des personnes innocentes, qui ont été contraintes d'accueillir chez elles des hommes du Fuc au moment de leur fuite, sont prises à partie, bastonnées par les militaires", dénonce le président de la Ligue tchadienne des droits de l'Homme (LTDH) Massalbaye Tenebaye.

Selon lui, les forces de sécurité décrètent des "peines collectives" en arrêtant de manière "sélective" des personnes "issues des mêmes ethnies que les rebelles", notamment des Tamas et des Arabes.

"C'est une chasse aux sorcières", insiste-t-il, évoquant "des dizaines d'arrestations" parmi les civils.

Le militant des droits de l'Homme cite les cas d'une personne "gravement malade" arrêtée sans ménagement avant d'être relâchée 24 heures plus tard, de l'imam d'une mosquée du centre-ville interpellé "uniquement parce qu'un rebelle avait traversé sa maison dans sa fuite", ou d'un mécanicien emmené juste après le raid et ensuite présenté à la télévision comme un "prisonnier de guerre".

Interrogé par l'AFP, le ministre tchadien des Droits de l'Homme Abderamane Djasnabaille reconnaît "des débordements" mais assure qu'ils restent limités.

"Les rebelles ont bénéficié de complicités pour attaquer N'Djamena, il est donc normal que les services de sécurité réalisent des enquêtes", estime le ministre. "Ces enquêtes ne ciblent pas volontairement les Tamas ou les Arabes, mais dans la pratique, elles débouchent à chaque fois sur des gens de ces communautés", ajoute-t-il, chiffrant ces arrestations à "une vingtaine".

Bien qu'il assure qu'"aucune chasse aux sorcières" n'a été engagée, le ministre Djasnabaille admet que, "dès lors qu'il y a des affrontements armés, cela rétrécit le champ du droit et des libertés individuelles".

La LTDH collecte actuellement les témoignages, mais sa tâche n'est pas aisée. Les proches et les voisins des personnes interpellées "sont traumatisés, ils ont peur de parler", assure l'un de ses enquêteurs. D'autres ont carrément quitté leur domicile par crainte d'éventuelles représailles.

"Maintenant, nous avons peur", confirme le cousin des quatre frères interpellés mardi. "Cette fois, c'était eux. La prochaine fois, ce sera peut-être nous".

 

 

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