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LA SOCIETE CIVILE DANS LES REGIMES DEMOCRATIQUES AFRICAINS

Les organisations de la société civile dans les régimes démocratiques africains
(Le Republicain (Nig) du 27 avril au 03 mai 2006)


Qu’est-ce que la société civile ? Quels sont ses rapports avec l’in-dividu, la famille, les syndicats, les partis politiques, l’Etat… ? Quels place et rôle détient-elle dans les régimes démocratiques africains ?

C’est sur ces pistes de réflexion socio-politique et historique que nous convie Dr El Back Adam, enseignant-chercheur à l’Université Abdou Moumouni de Niamey, à travers cette contribution.

Leur terrain est la société civile elle-même qui fut l’objet de multiples défini-tions. Tout à fait réduite à l’Etat chez Thomas Hobbes qui en fait la sphère politique organisée en vue de l’ordre et de la paix sociale, la société civile deviendra chez John Locke le niveau social des opérations d’échange, de communication et de propriété. Adam Smith en fait le lieu de rencontre des intérêts humains les plus particuliers. Hegel la comprend comme « un système de be-soins », le domaine de l’égoïsme et de l’illusion, le champ surtout de l’intérêt particulier qui peut alors menacer l’exis-tence commune.

Il en fait notamment la « Société bour-geoise » ( Bürgesliche gesallechaft ), cette étape intermédiaire de la société qui compromet les comportements citoyens et se situe entre la famille et l’Etat ; l’Etat qui demeure chez lui le repré-sentant ou l’incarnation de l’intérêt gé-néral, l’instance sociale qui s’arrache des liens familiaux et au sein de laquelle l’in-dividu s’élève jusqu’à la sphère de la citoyenneté pour servir le général ou l’universel.

Dans la conception politique contemporaine, la société civile est cette strate sociale bien distincte de l’Etat et de ces éléments, des partis, des ména-ges ou des individus. Elle est l’instance qui se fixe à son quotidien, qui s’auto constitue et s’auto mobilise pour pourvoir à ses besoins les plus essentiels. Elle regroupe spontanément des structures et des individus attachés à leurs sorts, unis par certains intérêts particuliers, agissant pour leur compte dans la vie collective, exerçant des activités sociales variées autonomes du pouvoir dans leur définition, dans leur exécution ou leur coordination. Ses organisations des sociétés civiles sont économiques, sociales ou professionnelles et demeurent si variées et aussi multiples que les différents problèmes de la société.

La société civile n’est pas l’indi-vidu puisqu’elle suppose des obligations collectives, se définit surtout des objectifs communs qui demeurent son espace de revendication, devient un cadre gé-néral de production, d’expression et d’échange entre ses éléments.

Elle ne se ramène pas non plus à la famille, car sa composition et son fonctionnement se font par la division sociale du travail, se fondent sur le mérite des personnes et des groupes, sur leur formation et leur qualification, alors que la famille se fonde sur la naissance, sur la consanguinité et sur l’héritage.

Elle n’est pas le parti politique ordinaire qui cherche à conquérir la direction publique, agit pour la collectivité toute entière et vise l’union des groupes autour de son projet. La base d’un parti est le corps de la nation. Celle de la so-ciété civile est fragmentaire puisqu’elle est professionnelle ou confessionnelle. Le parti politique concilie des tendances et unifie des besoins assez différents. La société civile essaie bien plutôt de satisfaire tous ces besoins dans leur dif-férence, tels qu’ils s’offrent à tous et sur leur terrain même, respecte la diversité de ses composantes et la multiplicité de leurs intérêts. Chacun contribue ainsi et à sa façon au bien-être commun des entités humaines, le parti par l’exercice du pouvoir d’Etat, la société civile par des actes quotidiens orientés vers des secteurs bien déterminés.

Enfin, elle n’est pas l’Etat qui, comme le parti, agit en fonction de l’in-térêt général et dont elle tient les principaux représentants pour comptables envers elle de toutes leurs promesses, de toutes leurs attitudes et de toutes leurs actions.

La société civile crée alors des organes qui la représentent face aux autres entités, qui l’organisent au mieux dans ses activités, la structurent et en font passer les projets.

En effet hors des troubles d’une certaine ampleur, tous les peuples du monde sont comme des nébuleuses sans qualité ni revendications précises. Ils demeurent des magmas ayant besoin d’organes pour gérer leurs affaires de manière harmonieuse, servir leurs inté-rêts les plus élémentaires, faire entendre leur cause dans l’espace national et pouvoir limiter l’influence négative que tout Etat ne manque pas d’exercer sur eux. Dans les situations sociales négro-africaines, les forces organisées les plus emblématiques et les plus actives de la société civile vont des divers syndicats et associations aux organisations non gouvernementales.

Les syndicats agissent spécifique-ment pour assouvir les désirs du monde du travail, plus particulièrement de leurs adhérents dont ils formulent et défen-dent les aspirations. Ils engagent des actions en revendication fondées pour l’essentiel sur les tendances des groupes, sur la satisfaction de leurs besoins vitaux, sur le relèvement de leur pouvoir d’achat, sur la morale publique et sur la transparence. Ils luttent pour la répartition des avantages qu’offre pré-cisément la vie en société dont toute la gestion est dévolue à l’Etat. Dans les sociétés négro-africaines modernes, ils ont longtemps été le seul contre-pouvoir, du moins la force sociale la plus structurée et la plus manifeste dans le champ de l’action. Maints régimes suc-combèrent sous leurs puissantes pressions, car ils regroupent les forces les mieux organisées et les plus dynamiques face au pouvoir d’Etat. Mais parallèle-ment à leur engagement, ceux de ces syndicats ou groupements scolaires et estudiantins qui affichèrent leur foi et leur autonomie furent les premières victimes des anciennes dictatures qui ne se gênaient guère de leur étouffement, de leur dissolution à l’occasion des crises, de la limitation de leur droit de grève, du licenciement de certains de leurs leaders, de leur déportation ou leur assassinat. Fréquemment exposés aux raids de la police, ils sont les té-moins privilégiés des horreurs, de la démagogie et des violences gratuites dont nombre de régimes africains furent porteurs.

Les associations protègent sans but lucratif les intérêts fondamentaux de leurs membres. Elles ont le devoir de défendre ces membres situés dans des corps précis qui les organisent. Elles ont aussi vocation à former leurs hommes, à les perfectionner au plan intellectuel, à en assurer toute la qualification, à pré-server leur être et à les ouvrir aux autres structures opérant dans le monde. Celles se rapportant aux droits de la personne se font un grand devoir de promouvoir les normes relatives à la vie et à la liberté, éduquent les citoyens sur leurs prérogatives, sur leurs privilèges et leurs devoirs essentiels, les incitent à lutter pour les mêmes exigences dont la jouissance améliore toute leur existence. Mais bien d’autres s’activent au déve-loppement des différents secteurs de leur vie nationale où elles permettent l’éclo-sion de nouveaux talents.

Dr. El Back Adam, Enseignant-chercheur à l'UAMD

© Copyright Le Republicain (Nig)

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