Photo: N'Cho Jean
“La France choisit à sa guise les circonstances dans lesquelles elle applique les accords”.
La troisième journée du Colloque international sur le patriotisme en Afrique a été marquée par d'intenses échanges et partages entre les conférenciers du jour et le nombreux public qui a fait le déplacement au Palais de la culture. [g]Le premier à intervenir a été le Dr Tayoro Gbota (Enseignant) sur le thème:[/g] “L'ONU, un instrument au service des grandes puissances?” Jean-Jacques Demafouth, Avocat à la Cour de Paris et ancien ministre de la Défense de la Centrafrique, a ensuite fait une communication portant sur: [g]“Les crises militaro-politiques dans le monde au 21ème siècle: pourquoi?”[g] Harris Olympio, ancien ministre des Droits de l'homme et petit-fils du défunt Président togolais, Sylvanus Olympio, qui a appris la tenue du colloque par la presse, a demandé à y participer en exposant sur le thème: “Le patriotisme ivoirien:[/g] un rêve ou une réalité?”
[/g]C'est sans conteste la communication et les témoignages faits par Jean-Jacques Demafouth sur les similitudes des guerres en République démocratique du Congo (RDC), en Centrafrique et en Côte d'Ivoire; et aussi sur l'invariabilité des schémas de déstabilisation des Etats africains par l'ancienne puissance coloniale qui ont édifié le public.[g] Dans ces pays, des rébellions ont été montées, en s'appuyant sur des ressortissants des pays limitrophes, pour chasser du pouvoir des Chefs d'Etat qui n'agréaient pas les puissances occidentales, seules maîtres du monde depuis la disparition de l'URSS.[g] S'agissant de la Côte d'Ivoire, l'ancien ministre de Ange Félix Patassé a expliqué que les soldats qui ont fomenté le coup d'Etat contre le Président Bédié, en 1999, étaient issus du contingent ivoirien de la force de l'ONU en Centrafrique. [/g]Un contingent qui était chargé de surveiller la poudrière du camp Kasaï, aux côtés des soldats mutins centrafricains.[/g] Ces soldats ivoiriens ont alors vu comment le traitement privilégié et les égards qui étaient accordés à ces mutins par la France et la communauté internationale.[g] Après le règlement de la crise, a poursuivi Jean-Jacques Demafouth, les principaux chefs de cette mutinerie ont été exfiltrés par l'armée française, qui les ont fait transiter dans un camp militaire en Côte d'Ivoire avant de les conduire à Paris.[g] “Le téléphone a beaucoup fonctionné” entre mutins centrafricains et ivoiriens, par la suite, dira Demafouth.
[/g]Qui s'est également interrogé sur le nouveau concept militaro-politico-diplomatique de la France expérimenté récemment au Tchad contre la rébellion: [/g]“Coup de semonce”. Jean-Jacques Demafouth s'est demandé pourquoi la France n'a pas fait ce [g]“coup de semonce” [/g]contre les rébellions centrafricaine et ivoirienne, alors que tous ces pays ont signé avec la France les mêmes accords de coopération et de défense. [g]Il en a conclu que “la France choisit à sa guise les circonstances dans lesquelles elle applique les accords”. [/g]Aussi, a-t-il exhorté les Africains à se réveiller et à prendre en main leur destin, en maîtrisant notamment l'information et la communication. [g]“Il faut que nous contrôlions l'information qui va vers nos populations, c'est comme cela que nous éviterons la manipulation”.
[/g]Aux patriotes Ivoiriens particulièrement, il a conseillé de mettre sur pied deux outils importants dans ce genre de lutte: une structure de renseignements et une autre pour la stratégie, afin de pouvoir anticiper sur les événements. [g]Interrogé sur la concomitance du désarmement et de l'identification, l'ancien ministre de la Défense de la Centrafrique a demandé aux Patriotes de ne pas s'inquiéter outre mesure: “Que ce soit de jour ou de nuit, maintenant que le principe du désarmement est acquis, il faut sauter sur l'occasion. [/g]Le tout est de savoir qui va le faire et comment”.[g] Le ministre Demafouth a alors demandé aux patriotes de s'organiser et d'être vigilants pour ne plus être surpris. [/g]S'agissant des moyens de la lutte à opposer aux puissances néocolonialistes, il a exclu la violence, estimant notamment que le terrorisme n'est pas une solution. Par contre, il a conseillé aux Ivoiriens d'user d'intelligence et de sagesse: “Lorsque vous avez affaire à quelque chose de puissant et de très, très fort, utilisez votre sagesse.[g] Ce sont le calme et l'intelligence qui permettent de battre un tel adversaire”, comme dans les arts martiaux.[g] Il a aussi indiqué que les différentes crises vécues par les Africains sont formatrices et permettent de les aguerrir.[/g] Jean-Jacques Demafouth a ensuite mis en garde contre les risques d'après-conflit, notamment au niveau des jeunes qui se sont battus, soit pour défendre la République, soit dans les rangs de la rébellion.[g] Il a dit l'impérieuse nécessité de les encadrer, en leur attribuant notamment un statut militaire pour un certain temps, et en leur donnant une formation afin qu'ils puissent se réinsérer par la suite dans le tissu socio-économique.[/g] Parce que, a prévenu l'ancien ministre centrafricain, “ils ne redeviendront pas aussi facilement de simples civils”.
Auteur: Michèle PEPE[/g]