Le camp du président-candidat Idriss Deby Itno se félicitait jeudi du déroulement sans incident du premier tour de l'élection présidentielle au Tchad, que la rébellion n'a pas perturbé mais qui fait déjà l'objet d'une controverse avec l'opposition qui l'a boycotté. Dans l'attente des résultats qui ne seront publiés que le 14 mai, le dépouillement observé mercredi soir par l'AFP dans certains quartiers de N'Djamena semblait confirmer le plébiscite attendu pour le chef de l'Etat, seul candidat de poids face à quatre adversaires mineurs.
En revanche, la polémique attendue sur la participation au scrutin a déjà débuté, à peine les urnes refermées.
Mercredi, les journalistes de l'AFP ont relevé une affluence très modeste dans tous les bureaux de vote visités de la capitale. Les 5,8 millions d'électeurs ne semblent pas s'être mobilisés en masse pour ce scrutin boycotté par l'opposition, qui les avait appelés à rester chez eux.
"Les bureaux sont vides", notait mercredi un observateur étranger, "il y a même moins de monde qu'au référendum" de 2005, qui a approuvé une révision constitutionnelle permettant à Idriss Deby, arrivé au pouvoir par les armes en 1990, élu en 1996 et réélu en 2001, de briguer un troisième mandat.
"Notre appel au boycott a été suivi", s'est ainsi réjoui Mahamat Saleh Ibni Oumar, le porte-parole de la Coordination des partis politiques pour la défense de la Constitution (CPDC), principale coalition de l'opposition. "C'était une élection illégitime (...) avec ce vote, Deby cherchait peut-être la légalité, mais il a perdu la légitimité depuis longtemps", a-t-il estimé.
/http%3A%2F%2Fwww.izf.net%2Fizf%2FAFP2%2Ffrancais%2Fspecial%2Fafrique%2FSGE.OQD99.040506103321.photo01.quicklook.default-245x162.jpg) Une Tchadienne vote à N'Djamena, le 3 mai 2006 © AFP Issouf Sanogo |
La voix des autorités tranche toutefois avec ce constat quasi-unanime. Interrogé par l'AFP, Ahmat Mahamat Bachir, président de la Commission électorale nationale indépendante (Céni) mais de facto contrôlée par le pouvoir, n'a pas donné de taux de participation mais a salué l'"engouement" des N'Djamenois pour le scrutin.
Avant même la fermeture des bureaux de vote, le secrétaire général du Mouvement patriotique du Salut (MPS) au pouvoir et directeur de campagne du président-candidat s'était félicité mercredi d'une participation "nettement plus importante que lors du dernier référendum".
"La participation constitue un démenti aux commentateurs qui estimaient que cette élection était inopportune", a insisté Mahamat Hissène, balayant les appels de la société civile, des évêques, des Etats-Unis et de l'Union africaine (UA) en faveur d'un report du scrutin.
Comme l'a martelé dès mercredi matin Idriss Deby après avoir déposé son bulletin dans l'urne, le "pari" électoral a été tenu en dépit de tous ces appels, du boycott de l'opposition et des menaces des rebelles qui affirmaient vouloir perturber le scrutin.
"Pour Deby, c'est une victoire. Pour lui peu importe le taux réel de participation, l'essentiel était de montrer que l'élection pouvait avoir lieu dans le calme", explique un diplomate occidental à N'Djamena.
/http%3A%2F%2Fwww.izf.net%2Fizf%2FAFP2%2Ffrancais%2Fspecial%2Fafrique%2FSGE.OQD99.040506103321.photo02.quicklook.default-245x228.jpg) Carte du Tchad © AFP/Infographie |
Tout au long de sa campagne, le chef de l'Etat, 54 ans, avait mené campagne sur le thème "moi ou le chaos", promettant le pays à l'éclatement et à la guerre civile en cas de renversement par la force. Or, la journée de mercredi aura été calme sur l'ensemble du territoire. "On a d'autres priorités. On était occupés par la mise en place d'un état-major unifié avec les autres rébellions", s'est justifié Albissaty Saleh Allazam, porte-parole de la rébellion du Front uni pour le changement (Fuc), dont l'attaque du 13 avril avait été repoussée par l'armée aux portes de N'Djamena.
"Mais soyez sûr que dans les jours à venir, il y aura une très grande offensive contre le régime de Deby", a-t-il réitéré.