Dans son discours de commémoration du 3e anniversaire de sa prise de pouvoir par la force qui a eu lieu cette année à M'baïki, François Bozizé a déclaré ceci à propos de l'insécurité dans le Nord que les forces de défense et de sécurité n'ont fait que leur devoir qui est celui de défendre l'intégrité du territoire national. Il s'en est pris à ceux qui affirment qu'il y a eu génocide dans le Nord, violations des droits de l'homme etc.
Les droits de l'homme, c'est justement ce dossier qui mérite une attention particulière tant, le Général Président vient de démontrer à la face de l'opinion nationale et internationale, que la République Centrafricaine est un Etat barbare là où, les exécutions extra judiciaires sont légalisées.
En faisant allusion à l'affaire Sanzé, François Bozizé dit ceci : « zo so a fa zo, mo zo ti droit de l'homme, mo mou lo na ya ti auto, mo goué mo zia lo na BONUCA, droit de l'homme ni la ? » ce qui veut dire, « quelqu'un qui tue, toi le représentant des droits de l'homme, tu le prends à bord de ton véhicule pour aller le placer sous la protection du BONUCA ; c'est cela les droits de l'homme ? ».
Une déclaration aussi sensationnelle, fracassante et tellement gravissime puisque émanant d'un Chef de l'Etat démocratiquement élu au suffrage universel. Ce qui nous pousse à croire que le Chef de l'Etat, putschiste légitimé, ne s'est pas encore rendu compte qu'il a changé de statut depuis son investiture et qu'il est désormais Président démocratiquement élu. C'est bien dommage et on pourrait lui trouver des excuses car, le 15 mars lui rappelle encore son coup d'Etat contre Ange Félix Patassé. Cependant, là où le bat blesse, c'est que François Bozizé qui s'est prévalu du titre du tout premier grand rassembleur et qui dans sa profession de foi avait promis aux centrafricains de faire la promotion des droits de l'homme a cédé à la tentation de défendre les intérêts particuliers que l'intérêt général pour lequel il est élu. Comment comprendre l'acharnement du Chef de l'Etat à propos de l'assassinat du lieutenant Yango Kapita par le sergent chef Jean Claude Sanzé ?
Cet acharnement peut s'expliquer par le fait que Yango Kapita, ex libérateur est aussi l'un de ses rapprochés qu'il préfère lui accorder un traitement assez particulier au détriment de tout ce qui ne l'ont pas poursuivi lors de sa rébellion. C'est ainsi que sur ordre du chef de l'Etat, ses soi disants « frères d'armes » se sont automatiquement rendus au BONUCA pour l'extirper de son lieu de refuge et avec la complicité active du Procureur de la République pour parfaire leur sale besogne. La suite, c'est ce que nous savons et que le Président de la République ne cesse de nous le rappeler à chaque moment quand il en a l'occasion.
En faisant cette déclaration, François Bozizé confirme le principe selon lequel l'armée nationale n'est plus que l'ombre d'elle même car « ethnicisée, régionalisée et politisée ». S'il est évident que l'assassinat de Yango Kapita est un acte pour le moins blâmable qui mérite d'être punis, il n'en demeure pas moins que la méthode utilisée par les hommes de mains de Bozizé pour le réprimer est illégale. La RCA est un Etat qui dispose des institutions démocratiques, par conséquent, il relevait de la compétence du troisième pouvoir qu'est le Judiciaire de prendre ses responsabilités afin de rendre justice dans cette affaire au lieu de laisser place à la primauté de la loi de la jungle. Cette déclaration qui a fait éclaté l'attitude revancharde du Chef de l'Etat témoigne à suffisance sa ferme volonté de gouverner par la force. Le simple fait de s'en prendre aux organisations de défense des droits de l'homme qui ont criés au scandale est un exemple patent de cette dictature à visage masquée. A vouloir prendre la défense d'un ex libérateur et rapproché, le Général Président légalise les multiples exécutions extra judiciaires commises par ses intouchables, et c'est vraiment dommage.