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Querelle chez les houphouétistes Entre le Pdci de Konan Bédié et le Rdr de Alassane Ouattara, rien ne va plus.
C’est un gros pavé jeté dans la marre de la politique ivoirienne, à près de six mois de l’élection présidentielle attendue. Le Parti démocratique de Côte-d’Ivoire (Pdci) de Henri Konan Bédié accuse son allié, le Rassemblement des républicains (Rdr) de Alassane Ouattara d’être de mèche avec la rébellion qui divise le pays depuis le 19 septembre 2002. “ La duplicité entre la rébellion et le Rdr est établie dans l’esprit de tous. Même de ceux qui, aujourd’hui, sont en amitié avec eux puisqu’il faut faire la paix ”, a récemment déclaré Alphonse Djédjé Mady, le secrétaire général du Pdci. M. Djédjé Mady qui est également depuis le 3 mai, le directeur national de campagne du candidat Henri Konan Bédié, ouvrait dimanche dernier une réflexion sur la stratégie électorale de son parti et, a voulu évidemment vanter les atouts du candidat du Pdci.
Comme de bien entendu, le porte-parole du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (Rhdp) qu’il est, a d’abord critiqué le Front populaire ivoirien (Fpi) au pouvoir et son candidat Laurent Gbagbo. “ Le Fpi, le régime au pouvoir, déclare Alphonse Déjdjé Mady, a fait la preuve de son incapacité à régler une crise. Au lieu d’apporter de l’eau pour éteindre le feu parce que responsables de tous, c’est eux qui apportent de l’essence. Un chef d’Etat en l’absence de qui une crise éclate dans son pays, à son retour, s’il est sage, prend la peine de s’informer avant de décider. Il n’arrive pas à l’aéroport pour dire, si vous sortez l’épée, je sors l’épée. Un chef d’Etat dont la première attribution par la Constitution est de préserver l’unité du pays, l’indivisibilité de la nation, qui se contente de dire, j’occupe la partie utile, le reste, on peut continuer…, prouve son inadaptation, son inefficacité à gérer une nation. ”
Rdr et rébellion
Puis, à la surprise générale, le secrétaire général du Pdci s’en est violemment pris à l’allié Rdr. “ Il est certain, explique Djédjé Mady, que le peuple, conscient de Côte - d’Ivoire sait qu’il y a communauté de vue et de raisons entre ceux qui ont pris les armes et ce parti politique. Premièrement, les principaux responsables de la rébellion étaient des militants connus du Rdr, au point que le leader de la rébellion Guillaume Soro était colistier de Mme Diabaté à Port-Bouët. Deuxièmement, la première fois qu’on a su que Soro réclamait la direction de la rébellion, il a eu à dire que puisque Alassane Dramane Ouattara n’a pas le courage de revendiquer la rébellion, lui, il la revendique. Troisièmement, quand nous sommes allés à Marcoussis, la première séance de travail que nous avons eue, il y avait deux clans avec deux positions diamétralement opposées. Ce sont ces trois mouvements de la rébellion plus le Rdr qui demandaient la démission de Gbagbo, la dissolution des institutions et de la Constitution, la mise en place d’un organe provisoire et des élections anticipées. Tout le reste à savoir le Fpi, le Pdci, l’Udpci, le Pit, l’Udcy et le Mfa ont balayé du revers de la main cette position, pour dire que nous ne donnerons pas une prime à la rébellion en lui donnant, autour d’une table, ce qu’elle n’a pas pu avoir par les armes. ”
Trahison
Le porte-parole du Rhdp ne s’est pas arrêté là, puisqu’il a également présenté Alassane Ouattara comme le pire des candidats à l’élection présidentielle attendue ; celui dont l’élection à coup sûr, plongerait davantage la Côte-d’Ivoire dans la guerre. “ Si jamais, par erreur pour la Côte d’Ivoire ces partenaires que sont les gens du Rdr gagnaient les élections, il est clair que le Fpi se prépare et est presque prêt à donner la réplique. C’est-à-dire à entrer en rébellion au détriment de la Côte d’Ivoire ”, soutient-il. Ces déclarations du secrétaire général du Pdci ont eu l’effet d’une vraie bombe dans les rangs du Pdci où on crie à la trahison. Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara, les deux héritiers politiques de Félix Houphouët Boigny, qui furent les pires ennemis de Côte-d’Ivoire entre 1993 et 1999, étaient parvenus à signer une alliance à Paris le 18 mai 2005, pour reprendre le pouvoir que l’opposant Laurent Gbagbo leur a ravi en octobre 2000.
Les déclarations de Alphonse Djédjé Mady sont manifestement contraires à l’esprit et à la lettre de cette alliance qui parle de “ sincérité, de bonne foi et de loyauté de tous ”, et invite les houphouétistes à “ respecter les engagements pris dans le cadre de l’ alliance, en dépit des vicissitudes de la vie politique ”, ainsi qu’à “ faire preuve de responsabilité en évitant tout acte, tout comportement ou tout propos de nature à porter préjudice à ce rassemblement et à nuire à la cohésion nationale. ” Au Rdr, on se demande si la sortie de son secrétaire général ne trahit pas les intentions du Pdci de ne pas partager le pouvoir avec les alassanistes en cas de victoire à la présidentielle. Nombre d’observateurs parient même déjà sur la rupture de l’alliance des houphouétistes qu’ils estiment contre-nature.
En sandwich
Alors, pourquoi le Pdci prendrait-il le risque de mettre à mal une alliance qu’on avait présentée il y a un an comme le meilleur attelage possible pour démocratiquement chasser Laurent Gbagbo des palais d’Houphouët ? C’est que, l’ancien parti unique est aujourd’hui pris en sandwich entre les patriotes du sud qui lui reprochent de s’être allié à la rébellion, et les rebelles du nord qui ne lui ont pas véritablement pardonné sa politique de l’ivoirité qui a écarté Alassane Ouattara de la course à la présidence de la république. Les responsables du Pdci se rendent compte que leur parti est en train de servir de faire-valoir à leur allié, et pourrait être le grand perdant de l’élection présidentielle attendue. Ils avaient espéré que leur candidat Henri Konan Bédié serait élu dans le cadre d’une candidature unique du Rhdp à laquelle le Rdr ne se montre manifestement pas disposé. Pire, alors que le vieux parti accompagne le Rdr dans son déploiement au sud, le Pdci, comme le Fpi, n’a toujours pas la liberté d’aller battre campagne dans le nord de la Côte-d’Ivoire sous contrôle de la rébellion que Alphonse Djédjé Mady présente comme l’autre facette du Rdr.