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L'OPPOSITION CENTRAFRICAINE EN PLEINE DECONFITURE

L' Opposition Centrafricaine en pleine déconfiture  
 
 
Compatriotes et Amis,
 
J'ai lu dernièrement une dépêche envoyée par Godame intitulée " l'opposition centrafricaine a pied d'oeuvre pour le prochain dialogue ...", cela révèle selon moi d'une farce de mauvais goût, car peut-on encore résolument parler d'opposition, de partis politiques en République Centrafricaine ?
L'opposition centrafricaine dans son ensemble est malade et ce syndrome d'avitaminose qui frappe l'opposition centrafricaine a commencé, comme on peut le remarquer, bien avant les élections de 2005 durant lesquelles les soit disant leaders d'opposition n'ont pas su porter une contradiction ferme à François Bozizé et la convergence Kwa na Kwa. Une galérie politique pour le moins bigarée.
 
Si les partis politiques centrafricains sont effectivement bien malades, la santé de ces diverses formations politiques n'a cessé de se dégrader dès lors qu'après le retour à la légalité constitutionnelle, le pouvoir en place a pratiquement reussi à amenuiser la capacité de nuisance de bien des partis politiques de l'opposition. Sinon, reste-t-il aujourd'hui, d'ailleurs, de la fameuse Union des Forces vives de la nation ( UFVN ) ? Qu'est ce qu'on constate aujourd'hui sur le terrain ? tant leur incapacité à servir de contre poids au régime de Bozizé est criante ? Aucune n'est capable de s'éléver contre un régime où les droits de l'Homme sont constamment baffoués, l'impunité revenue au galop comme ce fut le cas sous les régimes précédents, la corruption de l'administration est plus que jamais exacerbée ? Bref, toute une incapacité devant laquelle, l'opposition centrafricaine ne peut que se rendre coupable, à défaut de dire responsable.
 
Si l'on devrait disséquer une par une ses formations politiques, que peut-on dire en effet ?
Le RDC est depuis lors en état d'hibernation, car désormais, pratiquement en pleine désintégration. La genèse de la décomposition du parti de Grand K remonte des dernières consultations générales où le second tour de la présidentielle a connu une recomposition du paysage politique centrafricain. Le RDC va vivre bien évidemment ce phénomène de manière douloureuse dans la mesure où la naissance brutale de la tendance RDC rénové  va consommer l'irréparable schisme. L'opinion publique d'ailleurs a su évaluer l'ampleur de ce schisme lors de la dernière commémoration du 1er décembre à Bangassou. Le RDC rénové a eu droit à une parade pendant le défilé. Une tendance qui fait son chemin menaçant de plus en plus et de manière mortelle l'unité, voire la viabilité du RDC dont le grand timonier demeure incapable de redresser la barre.
 
Cependant, les choses sont encore compliquées pour le MLPC qui broie du noir depuis l'avènement du 15 mars 2003. L'ex-grand parti est depuis lors en proie à des déchirements traversés par plusieurs courants, ce parti semble tirer le diable par la queue, alors même que les cadres ne parviennent plus à s'entendre sur un minimum vital. Désormais, le MPLC présente une sorte d'agrégats politiques qu'il sera, comme on le voit, difficile de concilier. Que de poussière d'îlots politiques dont les intentions sont d'une opacité ahurissante. Le MPLC pourra-t-il se remettre de cette névrose ? La question demeure.
 
Mais que dire du FPP du Pr Abel Goumba désormais Médiateur de la République ? En effet, le Front patriotique du progrès vit depuis quelque temps une sorte de commotion galvanique à laquelle personne ne pourrait remedier. La guerre de succession qui a éclaté dès l'annonce de la retraite politique du doyen de l'opposition centrafricaine a atteint son paroxysme marqué d'ailleurs par la fermeture du siège du parti par l'autorité de l'Etat. Car la crise menaçait selon les dire de l'époque tant l'ordre public. Goumba, l'une des figures de proue de l'histoire centrafricaine ne mérite pas cette sorte de sabordage politique en gestation. Toutefois, il faudra citer d'autres familles politiques en pleine putréfaction. La liste est bien longue hélas. On aurait dû parler avant tout du MDD devenu l'ombre de lui-même après la disparition tragique du Président Dacko. N'ayant plus l'impact qu'il faut, le parti a été littéralement obligé de se faire remorquer par le char de la convergence lors des derniers scrutins.
 
Au demeurant, l'on ne saurait oublier la guigne qui frappe depuis un bon moment le PUN de Ngoupandé et le Fodem de Charles Massi. Les deux leaders, phagocytés par le système Bozizé ont tôt fait d'opter pour le statu quo politique. Une sorte de mort lente politique qui ne dit pas son nom mais qui au contraire a fini d'ébranler le calme des militants de plus en plus déterminés à secouer les carcans.
 
Au surplus, ce constat cinglant de la putréfaction des partis politiques tient d'un phénomène unique : le renouvellement de la classe politique qui devra se faire non seulement avec des hommes nouveaux mais également sur la base d'un renouvellement des concepts. Bien des leaders se sont installés dans une dynamique de dinosaures indéracinables si bien qu'ils ont littéralement inhibé la capacité de leurs partis à rebondir. Incapables de s'adapter aux nouvelles données, l'opposition centrafricaine a longtemps fonctionné sur des vieux concepts tels que le clanisme, le tribalisme, l'ethnisme voire même l'alimentarisme. Autant de concepts qui rendent ces partis désormais incapables de contourner aujourd'hui les nombreux obstacles que leur pose un monde de plus en plus changeant, exigeant et surtout de servir de contre pouvoir à des régimes dont le seul leitmotiv est de s'enrichir au détriment de l'intérêt général.
Tout porte à croire aussi que le pays en a pris un sacré coup. Le peuple abandonné à lui-même, tant cette opposition qui devrait aussi le protéger en defendant des valeurs universellement admises, tels les droits de l'homme, du citoyen, servir de porte parole a failli et s'est fourvoyé elle-même dans la honte et la démesure. Incapable ne serait-ce que de lever le petit doigt.
 
C'est dire et pourquoi, il faudra réfléchir dorénavant autrement, si cette opposition centrafricaine veut être crédible aux yeux du peuple centrafricain. Il faudrait qu'elle prenne sa responsabilité, que les leaders soient des gens aguerris et responsables et non des faire valoir disposer toujours à vendre leurs âmes au premier venu, rien que pour partager le gâteau et être à la solde d'un pouvoir moribond en pleine déliquescence.
Il y va de soi que la crise à répétition qui frappe l'opposition centrafricaine a des conséquences très néfastes sur la marche de la nation centrafricaine. Les nombreuses violations des droits de l'homme, les récents évènements survenus dans l'arrière pays témoignent de cette déconfiture, que nous déplorons tous et, une fois de plus semble sonner le glas des partis politiques en Centrafrique.
 
Freddy Béninga
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