Le 15 mars 2003, le Général François Bozizé qui dirigeait un mouvement rebelle dans le nord du pays, a réussi grâce à un coup d'Etat à accéder au pouvoir de l'Etat, avec le soutien des troupes tchadiennes. Cette accession au pouvoir s'est opérée dans un climat d'insécurité grandissante sur toute l'étendue du territoire national et dans un contexte économique et politique morose.
Le régime de Bozizé, à peine installé, aura des soutiens venant de tous côtés. Le 28 mars 2003, la Concertation des Partis Politiques de l'Opposition (CPPO) a organisé une grande marche de soutien qui n'est autre qu'une manière de légitimer le régime de l'homme fort du 15 mars 2003. Le Pr. Abel Goumba, nommé premier ministre, avait déclaré que le changement politique du 15 mars 2003 n'était pas un coup d'Etat mais, un soulèvement populaire d'un peuple débordé par les agissements d'une classe politique défaillante. Aussi une trêve politique et syndicale a été observée ; ce qui n'est autre chose qu'une forme de caution morale accordée au régime putschiste de François Bozizé.
Dans la foulée, le pouvoir en place avait organisé un dialogue national du 9 septembre au 27 octobre 2003 pour débattre de toutes les questions qui freinent le développement du pays. Au lieu que les leaders politiques et syndicaux ainsi que les personnalités de la société civile se prononcent sur la nécessité que le président ne se présente pas aux élections en vue, ils ont plutôt évité cette question qui devait déterminer l'avenir de toute la nation. Vers la fin de la transition, certains leaders politiques ont déclaré que la gestion consensuelle était en panne. D'autres ont démissionné de leur poste pour marquer leur désaccord quant à la mauvaise géstion de la transition. Alors, l'opinion centrafricaine s'interroge sur les attitudes et comportements de ceux-là en se demandant, où étaient-ils ? Qu'est ce qu'ils ont fait pendant toutes ces périodes pour dénoncer les dérives des dirigeants du pays à cette époque ? Qu'est ce que ces leaders politiques et d'opinion ont fait pour barrer la route à François Bozizé de se présenter aux élections électorales? Pour certains, le fait que ceux-ci ont éviter de débattre de la question relative à la candidature des personnalités ayant dirigées la transition, ils ont tacitement laissé la voie à l'homme fort du 15 mars de se présenter à ces élections qui doivent marquer l'avenir de la RCA.
Cette situation nous amène aussi à déterminer les responsabilités des partenaires politiques de François Bozizé qui l'ont accompagné durant toute la période de la transition jusqu'aux élections présidentielles de 2005. En tête de file, le président du PDCA Jean Serge Wafio qui a suscité la candidature de l'homme du 15 mars et qui avait pourtant déclaré qu'il ne s'alignera pas sur la liste des présidentiables. Celui-ci a été également à l'origine du collectif des 29 partis politiques ayant soutenu la candidature de François Bozizé. Ces partis, associations politiques et la Convergence Nationale KNK, pour convaincre la population, avait comme slogan : ‘‘Bozizé était l'homme de la situation parce que le pays est confronté à un problème d'insécurité''. En un mot, ils ont pensé que Bozizé seul pouvait mettre fin à l'insécurité dans le pays.
Certains opposants farouches comme celui du PUN, Jean-Paul Ngoupandé et du FODEM, Charles Massi sont devenus les partenaires politiques du Général Bozizé. Ils ont accepté de faire partie du premier gouvernement issu des élections parce qu'ils ont soutenu sa candidature lors du 2ème tour des élections présidentielles. Le peuple leur fait porter la responsabilité de tout ce qui passe aujourd'hui dans le pays et l'histoire les jugera un jour.
Aujourd'hui, il y a lieu de s'interroger sur le rôle de ces leaders politiques, les personnalités qui dirigent le CSADN et ceux qui font partie du groupe des sages. Quelle place occupent-ils dans ce contexte de dépérissement de la situation sécuritaire et économique du pays ? On assiste aujourd'hui au phénomène de rébellion qui prend pied sur toute l'étendue du territoire, la recrudescence des actes de braquage dans la ville de Bangui ainsi que des provinces sans pour autant oublier le phénomène des coupeurs de route qui s'étend dans les autres régions de la RCA. Que sont devenues les recommandations du dialogue national qui avaient prévu que le consensus et le dialogue seront désormais le moyen le plus approprié pour résoudre nos différends?
L'économie s'enfonce au jour le jour et la crise sociale ne cesse de s'agrandir avec des séries de revendications qui touchent presque tous les secteurs del'administration. Quel rôle jouent les partenaires politiques du général Bozizé dans la gestion du pouvoir afin de ramener la paix, la sécurité et la confiance au sein de la population ? Certaines formations politiques, partenaires de l'homme fort du 15 mars 2003 font publier des communiqués tendant à appeler la classe politique au dialogue en vue de mettre fin au danger qui guette le pays. Il est vrai, mais seulement à quel jeu ces formations politiques veulent-ils jouer ? A partir du moment où ce sont les partenaires politiques du régime en place qui font publier des communiqués, l'on est en droit de se demander s'il n'y a pas un cadre de concertation défini pour leur permettre de débattre sur des questions pareilles ? Ces formations politiques qui soutiennent Bozize, une trentaine environ) savent-elles de quoi est fait l'insécurité dans le pays quand bien même, cela a été pour eux un slogan de campagne lors des élections passées?.
Le Groupement des Partis Politiques de la Majorité Présidentielle (GPPMP) qui a succédé au Collectif ayant soutenu la candidature de Bozizé aux dernières élections doit réviser sa position et voir avec son partenaire politique, comment gérer le pays et ramener la confiance au sein de la population.