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ENTRE UN REGIME DETESTE ET DES REBELLES CRAINTS DJAMENA VEUT LA PAIX

28/04 :Tchad: Entre un régime détesté et des rebelles craints, N’Djamena veut la paix

Entre un régime détesté et des rebelles craints, les habitants de la capitale s’inquiètent de l’avenir et de la dégradation de leurs conditions de vie.

N’Djamena. Envoyée spéciale. « On est là et on attend. Nous, on est des civils, des gens démunis, on veut juste la paix et la stabilité pour pouvoir travailler. » Dans une grande allée sableuse du marché du quartier Repos, à N’Djamena, Amath, le regard vide, la tong trouée par l’usure, attend le client devant une table où sont disposés en tas piles, savon et autres babioles. Comme la plupart des habitants de la capitale tchadienne, il attend dans l’inquiétude et l’impuissance la suite des évènements. Parce que, comme l’explique Charité, une forte dame en robe violette, « le pouvoir a beau avoir fait du tapage pour nous faire croire que ça va mieux, nous, on sait que ça n’est pas vrai. » Après l’offensive éclaire, le 13 avril dernier, d’une colonne de rebelles sur la capitale, personne ne croit définitive la victoire du président Déby. « Ils vont revenir » est sur toutes les lèvres. Seuls les commerces alimentaires fonctionnent encore, chacun cherchant à faire des provisions et à garder un peu d’argent pour pouvoir faire face en cas de reprise des hostilités. « LE 13 AVRIL, C’ÉTAIT LA PEUR, LA PANIQUE » La guerre, personne n’en veut. « Ce n’est pas bon, ça retarde le pays. » « Le 13 avril, on a vu beaucoup de morts. C’était la peur, la panique », se souvient Mamadou, un jeune gars à l’allure branchée qui arbore bob rouge et deux pièces en tissu imprimé. La crise est d’autant plus redoutée qu’elle a déjà un impact économique désastreux, dans un pays où une bonne part de la population vit avec moins d’un dollar par jour. Entre la crainte et la baisse du pouvoir d’achat des fonctionnaires, qui n’ont pas reçu leurs salaires depuis trois mois, tout tourne au ralenti. « Depuis le 13 avril, je n’ai pas vu un client, se désole Hissein, un gaillard costaud en débardeur qui tient une échoppe de chemises et pantalons pour homme au marché Dembé. Même ceux qui ont des dettes ne veulent pas les payer. Ils disent qu’ils ne savent pas de quoi sera fait l’avenir. » Partout la même rengaine : « Il n’y a pas l’argent. » Les rebelles ? « Ils ne vont pas arranger les choses. Ils viennent juste pour leur intérêt », commente Bakar, qui tient boutique en lisant studieusement un « Que saisje ? » Taylor et le taylorisme. « On ne croit pas que les rebelles aient un programme ou une stratégie. Ils se battent juste pour le pouvoir », estime aussi Dénémadji, une fonctionnaire au visage lisse d’une quarantaine d’années. Dans un pays où, depuis toujours, le clan au pouvoir a l’habitude de capter les maigres richesses disponibles, certains s’inquiètent d’un changement de main synonyme de nouvelles prédations. « S’il y a un nouveau président, il va vouloir dépenser tout l’argent pour lui et sa famille. Au moins Déby, comme il est là depuis longtemps, a déjà pris beaucoup d’argent et maintenant il peut penser au développement du pays », explique philosophe un vieil homme en djellaba beige. LA CORRUPTION MONTRÉE DU DOIGT Pour autant, rares sont ceux qui défendent le bilan de l’actuel président. Dans une des ruelles couvertes du grand marché, un immense gaillard longiligne s’énerve : « Déby, ça fait seize ans qu’il est là et il n’y a pas de route, pas d’électricité, pas d’hôpitaux, pas de projets d’agriculture. » La misère ambiante et le coût de la vie qui ne cesse d’augmenter sont des motifs courants de colère contre Idriss Déby. Mais il n’est pas le seul. Il y a aussi la domination incontestée de sa famille. La corruption et l’accaparement des biens sont montrés du doigt. Mais en plus « les proches du président commettent des actes barbares. Ils violent, ils volent et on ne peut pas réagir, parce que ce sont les gens du pouvoir », résume Mohamad, un trentenaire éduqué qui pourtant a posé sur le crâne une belle casquette blanche vantant les mérites du président : « Pour un Tchad fort et prospère ». Injustice, violence, impunité sont sans cesse évoquées. Alors, dans ces conditions, personne ne pense spontanément aux élections qui doivent avoir lieu mercredi prochain. Comme si ce n’était même pas un enjeu ? « Si les gens de l’extérieur revenaient, on pourrait faire une grande table pour discuter tous ensemble. On est tous Tchadiens, alors pourquoi on se ferait la guerre », résume Moussah, footballeur de son métier. Même si certains rappellent qu’« on a déjà eu ce dialogue plein de fois et jamais de changements », l’idée de réunir toutes les parties est régulièrement exprimée, même de manière confuse. Une façon de briser le cercle vicieux des prises de pouvoir par les armes ? Un vieux commerçant résume : « Ce qu’on veut, c’est juste quelqu’un qui va développer le Tchad. Un Tchadien qui ait l’amour de son pays. » Camille Bauer

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