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| Charte de bonne gouvernance au sommet de l’Etat : Pourquoi la formule fera recette |
Le document dit « Charte du gouvernement » conçu par le président de la République peut être considéré comme la lettre d’engagement que chacun des membres de son équipe gouvernementale a signé et par lequel il s’engage à remplir les hautes fonctions pour lesquelles il est appelé dans le gouvernement. Une forme de contrat de travail signé à un niveau plus bas par chaque employé qu’une société engage en son sein. Le contrat de travail suppose bien évidemment que l’employeur a défini ses objectifs et ses priorités auxquelles l’employé souscrit entièrement. Pour chacun des ministres qui a signé la Charte du Gouvernement donc, il est indéniable qu’il accepte les priorités du Chef de l’Etat et les objectifs que ce dernier s’est fixés pour son quinquennat. En conséquence le poste de ministre prend désormais dans notre pays une toute autre symbolique. Car on a longtemps vu des ministres, sans boussole, diriger des ministères donnés avec comme objectif, celui qu’ils ont compris que la constitution donne au mot ministre. C’est-à-dire assister aux réunions hebdomadaires du gouvernement, représenter l’Exécutif aux séminaires internationaux et veiller à régner sur les sociétés d’Etat sous tutelle où l’on a placé des directeurs généraux proches de son parti afin de vider les caisses de l’Etat. Nos cadres des ministères ont vu passer sous leurs barbes des ministres qui se représentaient comme des supers patrons, des « Seigneurs » de leur ministère, sans autre forme de responsabilité que celle de donner des ordres. On a longtemps connu des ministres sans visibilité dans leurs actions parce que ne connaissant du mot ministre que son côté folklorique. Aujourd’hui, la Charte du gouvernement exprime en de mots clairs les attributions et les attentes exigées des serviteurs de l’Etat. Et chacun pourra être accusé un jour de n’avoir rien fait pendant son mandat. Les cadres des ministères pourront un jour, preuves à l’appui, exprimer leur mécontentement contre un ministre qui ne serait pas un modèle d’intégrité ou qui aurait une ouverture d’esprit équivoque sur des dossiers donnés. Les termes sont là en effet, dans la Charte, qui définissent clairement ce que doit être un ministre responsable, intègre, transparent et ouvert d’esprit. La justice pourra un jour se saisir, sur la base du document signé, de ceux des Serviteurs de l’Etat qui auraient fait preuve de prévarication. « Toute décision ou tout acte du Gouvernement est régi par le principe de collégialité et engage chaque membre dans sa mise en œuvre ». Voilà la règle N°5 de la Charte qui évitera à certains ministres d’en protéger d’autres dans des affaires de malversation, ni à des ministres d’en intimider d’autres au point de mettre des freins dans les actions entreprises par leurs collègues. Le Chef de l’Etat reste donc maître de son équipe. Et Boni Yayi s’engage ainsi à répondre lui-même devant le peuple, de la manière dont il aura conduit son équipage. Mais alors, il met aussi ses ministres devant leurs responsabilités. Comme il l’écrit dans la règle 10 de la Charte, « chaque membre du Gouvernement s’engage à rendre compte de sa gestion et des actions de son département dont les résultats lui sont imputables au prime abord ». Etre ministre pourrait devenir un piège pour les politiques béninois. Le changement pourrait aussi passer par là.
Abdourahmane Touré